Journée Pierre Poivre

Le jeudi 13 juin 2019 à l'Académie.

poivre/Before/poivre2.jpg
poivre/Before/medaille.jpg

Résumé des interventions


L’Isle de France, clef de la renommée de Pierre Poivre par Pierre de BOUCHERVILLE BAISSAC.

Pierre Poivre a vécu deux périodes de sa vie qui ont fait sa renommée.

Les deux l’ont mené à l’Isle de France. La première période, qui à son époque était d’actualité mais de nos jours entrée dans le domaine de l’histoire, concerne son engagement dans l’aventure des épices. La deuxième, par contre, qui longtemps a été du domaine de l’histoire, est entrée de nos jours de plein pied dans l’actualité. Il s’agit, de par son engagement scientifique dont sa formation fut essentiellement acquise à Lyon, de décisions environnementales majeures liées au changement climatique prises par lui et implémentées pendant son mandat à l’Isle de France sous forme de proclamations et d’ordonnances.

Cette communication, passant en revue ces deux périodes, démontre pourquoi l’Isle de France a été l’instrument de la renommée de Pierre Poivre d’hier et d’aujourd’hui.


La Chine mythique dans l’œuvre de Pierre Poivre par Nicole DOCKÈS-LALLEMENT.

Très jeune, après quatre années au séminaire des Missions étrangères de la rue du Bac à Paris, Pierre Poivre est allé en Chine, ou du moins dans les espaces chinois où les Européens étaient tolérés, à Canton et Macao. Esprit curieux, il s’est tout de suite intéressé à cette civilisation et à son économie. Il a interrogé beaucoup d’Européens qu’il a pu rencontrer et quelques Chinois. Ses voyages en Cochinchine (actuel Vietnam du Sud) ont complété ces secondaryrmations et il a ainsi présenté dans certaines de ses œuvres une description de la civilisation chinoise qui a été reprise par certains de ses contemporains.

Poivre a ainsi contribué à dresser un portrait plus ou moins mythique de la Chine en la donnant comme un exemple à ses lecteurs.


La pensée de Pierre Poivre à travers les manuscrits de l’Académie par Jean-Marc GOHIER.

De retour à Lyon en 1757, Pierre Poivre est élu à l’Académie de Lyon en 1759. Il y sera très actif jusqu’en 1767date de son départ pour les Mascareignes comme Intendant. Ainsi nous a t’-il laissé des textes importants de ses interventions. Certains seront publiés en 1768 sous le titre « Voyage d’un philosophe, ou observation sur les mœurs et les arts des peuples de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique ». Ce sont les témoignages directs d’un voyageur naturaliste et curieux qui a parcouru l’Océan Indien, les « Indes », l’Asie du sud-est et la Chine. Il s’intéresse à l’agriculture mais aussi aux hommes, leurs coutumes et leur gouvernement. Il dresse ainsi des inventaires complets de l’état de ces territoires en faisant transparaitre une pensée physiocrate pleine d’humanisme. Ainsi, prenant l’exemple de la culture de la canne à sucre en Cochinchine faite par des petits paysans propriétaires, se livre-t-il à une critique sévère de l’esclavagisme pratiqué par les Européens dans leur colonie d’Amérique : « Qu’a donc gagné l’Europe si éclairée sur les droits de l’humanité en autorisant les outrages journaliers faits à la nature humaine dans nos colonies en permettant d’y avilir les hommes au point de les regarder absolument comme des bêtes de charge ? la liberté et la propriété sont les fondements de l’abondance et de la bonne agriculture. Je ne l’ai vu florissante que dans les pays où ces deux droits de l’homme étaient bien établis. ».

Poivre, épices et plantes utiles… par Jean-Pierre GRIENAY.

Au 18ème siècle, une multitude de botanistes, naturalistes, jardiniers parcourent le monde pour découvrir dans de nouveaux territoires des plantes, animaux, insectes… Pierre Poivre fait partie de ces illustres personnages qui passent leur vie à voyager, étudiant les plantes pour les introduire dans d’autres contrées et ainsi améliorer l’alimentation des habitants.

Lors de ses voyages au Cap de Bonne Espérance, à l’Isle de France (île Maurice), à Bourbon (La Réunion), et surtout en Asie, il fait connaître une multitude de plantes utiles :

De 1741 à 1757, il étudie toutes ces plantes qui s’échangent dans les ports qu’il visite, en particulier les épices vendues à prix d’or, qu’il souhaite introduire dans les colonies françaises, cassant ainsi le monopole hollandais. Il mettra 25 ans à réussir cette mission.

De 1767 à 1772, il est nommé Intendant des îles de France, de Bourbon et des Seychelles. S’il contribue à l’amélioration du sort des esclaves, il développe l’agriculture assurant l’autosuffisance et la diversité alimentaire. A Maurice Il fonde le Jardin d’essais de Pamplemousses, avec plus de 600 nouvelles plantes : légumes, fruitiers, plantes à parfum, médicinales, textiles, tinctoriales, bois de construction, plantes pour la fabrication de liens, colles, vernis, laque. Enfin il promulgue les premières lois de protection de l’environnement.

De retour à Lyon, il continue des essais d’acclimatation dans sa propriété de La Fréta : fruitiers exotiques (en particulier des agrumes), également cotonnier, chou chinois, tulipier, ginkgo et plantes tinctoriales.

A sa mort en 1786, 10 ans avant la création du Jardin des Plantes de la ville, il aura contribué à l’essor de ses nouveaux végétaux qui feront la réputation horticole de la région lyonnaise.


Saint-Martin d’Ainay par Jean-François REYNAUD.

Saint-Martin d’Ainay est une des rares églises romanes de Lyon, église d’une abbaye fondée à l’extérieur de la ville, soit au Ve siècle (visite de saint Romain à l’abbaye « interamnis », entre deux fleuves) soit à l’époque carolingienne.

Les bâtiments abbatiaux ont disparu entre les guerres de religion et le XVIIIe siècle mais Saint-Martin a survécu grâce à sa transformation en église paroissiale. Elle a été très restaurée au XIXe siècle, l’architecte Pollet a voûté les nefs et Flandrin a peint l’abside.

De l’église du XIe siècle, subsiste le clocher-porche caractérisé par l’emploi de la brique, par ses bas-reliefs des parties hautes et par ses pyramidons ainsi que la chapelle Sainte-Blandine avec sa marqueterie de briques à l’extérieur, ses chapiteaux à entrelacs et sa crypte à l’intérieur.

L’église du début du XIIe siècle, dédicacée par le pape Pascal II marque la transition entre les églises carolingiennes et l’art roman classique : aux nefs à double colonnade et couverture en charpente à l’origine s’oppose un transept court couvert de voûtes en berceau et d’une coupole sur trompes. Le chœur et l’abside accueillaient les moines par un message évangélique : des bas-reliefs présentent l’histoire du salut après la chute (Adam et Eve, meurtre d’Abel) par l’Incarnation et par le sacrifice de l’Agneau ; message complété par une mosaïque de pavement disparue.

La chapelle Saint-Michel est un bon exemple de gothique flamboyant, complété par de magnifiques vitraux modernes, œuvre de Bégule.


Une histoire littéraire de l’Isle de France au siècle des Lumières par Denis REYNAUD.

Sous le nom d’Isle de France, l’île Maurice a été française pendant près d’un siècle (1715-1810). Dans l’imaginaire du siècle des Lumières, elle a occupé une place singulière, entre l’ignorance complète (en 1755, un article de l’Encyclopédie la nomme « île de Saint-Maurice » et l’attribue encore aux Hollandais), l’anti-modèle colonial atroce que décrit Bernardin de Saint-Pierre dans son Voyage à l’Isle de France (1773), et la pastorale exotique du même auteur : Paul et Virginie (1788).

Pour comprendre ces contradictions, il faut replacer cette île dans un système largement abstrait et fantasmé qui est celui des Mascareignes. L’Isle de France est en effet un lieu commun, une forme vide qui existe surtout dans un jeu de comparaisons et d’oppositions avec Bourbon et Rodrigue. C’est ce qu’on observe à la lecture d’une douzaine d’œuvres – textes, gravures et cartes – depuis Voyage et avantures de François Leguat en 1708, jusqu’au Voyage pittoresque de Jacques Gérard Milbert en 1812, en passant par l’Histoire générale des voyages de l’abbé Prévost, l’Histoire philosophique et politique des deux Indes de l’abbé Raynal, sans oublier, bien sûr, les Voyages d’un philosophe de Pierre Poivre.


La vie de Pierre Poivre à la Fréta par Jean-Marie HOMBERT.

De nombreux livres ont été écrits sur les aventures de Pierre Poivre, en particulier sur ses voyages, sur la découverte de nouvelles plantes et sur son poste d’Intendance à l’Isle de France mais nous avons moins d’secondaryrmations sur sa dernière demeure, appelée La Fréta, qu’il occupa avec sa famille quasi exclusivement entre 1775 jusqu’à son décès en 1786. Dans cette propriété Pierre Poivre fit des essais d’acclimatation de végétaux et agrémenta son jardin anglo-chinois de plantes asiatiques.

Il continua à recevoir des collègues et amis à La Fréta qui furent émerveillés par le site, par les compétences de Pierre Poivre et par la gentillesse de son épouse et de leurs trois filles. 

C’était un aventurier, un humaniste et un botaniste qui a joué un rôle très important dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et, de manière surprenante, il est peu connu par les Lyonnais de 2019.


L’iconographie de Pierre Poivre par Gérard BRUYÉRE.

La qualité d’homme illustre entraîne, en règle générale, une abondance de portraits, notamment de portraits rétrospectifs. Pierre Poivre n’échappe pas à la règle. La courbe de croissance de cette iconographie suit celle de la célébrité de l’ancien intendant des Île-de-France et de Bourbon, devenu, ces dernières décennies, un personnage de roman, à l’instar de sa jeune femme, l’héroïne de Paul et Virginie, l’immortel chef-d’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre.

La question de l’iconographie de Pierre Poivre concerne directement l’Académie de Lyon, non seulement parce que le voyageur compte parmi ses membres les plus connus, mais encore parce que sa veuve lui fit présent, en 1786, du portrait de son mari, « en témoignage de l’attachement que cet homme distingué avait conservé jusqu’à sa mort pour la compagnie ». On soutiendra, ici, l’hypothèse que ce portrait, aujourd’hui disparu, était celui qu’avait peint, en 1783, Alexis Grognard - à tout le moins une réplique, portrait qui est à l’origine de toutes les représentations connues de Pierre Poivre, y compris, peut-être, les plus fantaisistes.